La Rafle
8 mars 2010 • Culture confiture • 41 commentaires

Le soir où je suis allée voir “la Rafle” en avant-première, je suis rentrée chez moi bien secouée. J’avais presque réussi à retenir mes larmes, mais j’étais seule ce soir là et personne ne m’attendait à la maison pour me remonter le moral ni me faire oublier l’énorme sentiment de culpabilité que je ressentais. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais l’impression d’avoir fait quelque chose de mal. J’avais honte.
Honte, parce que je ne savais pas vraiment ce qu’était “la rafle du vel’ d’hiv’”. A l’école, on nous récitait inlassablement la même phrase (avec le ton scolaire qui va bien) : “la nuit du 17 juillet 1942, 13 000 juifs sont arrêtés puis déportés vers des camps d’extermination. C’est la rafle du “Vel’ d’Hiv”.
Point. A la ligne, on passe à autre chose.
Je me souviens avoir plusieurs fois recopié cette phrase en pensant naïvement que le “Vel’ d’Hiv” était une ville étrangère. Je sais, c’est risible. Parce que les faits se sont bien déroulés chez nous, en France. Et même tout près de chez moi, dans MA ville. Il m’a fallu des années avant de comprendre que le “Vél’ d’Hiv” était un stade couvert, un bête gymnase dans lequel on avait entassé les juifs 5 jours durant, sans eau ni nourriture. Et je me dis que si tout le monde est aussi ignorant que moi sur ce sujet, il y a de quoi être inquiet pour les générations futures.
Alors que vous dire d’autre à part d’aller voir ce film ?
Je sais que les plus sensibles d’entre-nous n’en auront peut-être pas envie, parce que le sujet retourne et que le film, essentiellement joué par des enfants, arrachera les larmes des yeux même les plus secs.
Il faut aller voir la rafle pour l’excellent travail d’archives mené pendant 5 ans par la réalisatrice Roselyne Bosch (lettres des déportés, journaux intimes, interviews de témoins…) qui a permis de retrouver une multitude d’anecdotes et de faits oubliés sur le sujet.
Il faut aller voir La Rafle pour l’excellente prestation de TOUS les acteurs, Jean Reno en médecin dévoué, Gad Elmaleh en père de famille impuissant, et Mélanie Laurent, sans artifice mais brillante dans son rôle d’infirmière débutante et aimante. Les jeunes enfants, Jo’, le petit Nono, qui nous font passer du rire aux larmes.
Il faut aller voir La Rafle parce que le point de vue des enfants est ce qu’il y a de plus touchant, autant que cruel. Alors c’est sûr, certains diront que ce parti pris donne sans doute trop dans le cliché “pathos” (certainement le seul point que je reproche à ce film) mais c’est aussi ce qui en fait un film grand public et pédagogique. La Rafle n’est certainement pas un divertissement mais elle peut, je pense, se regarder en famille parce que la sensibilité du spectateur est souvent ménagée (des scènes très dures mais pas de violence montrée à l’état pur comme dans d’autres films sur le sujet où l’ont voit des gens se faire fusiller sans raison).
Il faut aller voir la Rafle pour se souvenir, ou comme ce fut le cas pour moi : apprendre.
crédit photo : site officiel du film La Rafle // Au cinéma le 10 mars 2010



















