Chroniques

Devenir adulte

posted by Anne 31 mai 2017 19 Comments

Je me suis souvent demandée ce que cela voulait dire, « être adulte ». Je veux dire, est-ce qu’il y a une définition RÉELLE, exceptée bien sûr celle de la majorité à 18 ans, qui au regard de la société vous considère officiellement comme un adulte ?

Est-ce que devenir adulte, c’est quitter ses parents pour faire des études, travailler, gagner son indépendance ?

Est-ce que l’on devient adulte quand on perd un proche et qu’on porte le poids du deuil et une infinie tristesse sur ses épaules ?

Est-ce que l’on devient adulte quand on est ENFIN responsable ? Et puis ça veut dire quoi, être responsable ? Est-ce que c’est payer ses factures en temps et en heure, est-ce que c’est obéir à une loi, est-ce que c’est faire attention aux autres et à soi ?

Est-ce que l’on devient adulte le jour où on l’on a des enfants ?

Ces questions, je me les suis posées tellement de fois. Et je suis sûre que vous aussi, vous vous les êtes posées, peut-être même que vous vous demandez encore pourquoi vous êtes aussi jeune dans votre tête alors que votre physique (ou votre carte d’identité) trahit votre âge.

Pour ma part, je suis devenue adulte à 34 ans. Je suis devenue adulte le jour où mes parents se sont séparés après 40 ans de vie commune. Une partie de moi a volé en éclats ce jour là, en même temps que leur mariage. La petite fille et cette minuscule part d’insouciance qui vivotaient encore en moi, est morte ce jour de mai 2015.

Alors bien sûr, je pourrais vous écrire des lignes et des lignes pour vous à dire quel point ce fut difficile pour moi, d’assister à une rupture aussi déchirante. Je pourrais vous raconter les nuits que j’ai passé à pleurer, le téléphone qui sonne sans arrêt avec ma maman en pleurs à l’autre bout, les crises d’angoisse qui sont réapparues chez moi. Ce sentiment désagréable que chaque souvenir d’enfance ou de moments joyeux passés tous ensemble deviennent douloureux. Parce qu’il s’agit maintenant d’un paradis perdu. Et puis récemment, une amie m’a dit « mais tes souvenirs sont tes souvenirs, ils resteront toujours intacts et tu dois les chérir ». C’est vrai, j’ai eu une enfance merveilleuse auprès de mes parents qui sont géniaux chacun à leur manière, et c’est vraiment ce que je m’efforce de garder en tête. La douleur s’apaise au fur et à mesure que le temps passe, mais elle sera toujours là. Et je garderai ce fond d’amertume et de regrets en moi. Il manquera toujours quelqu’un à table à Noël, c’est comme ça.

Voilà, pour moi c’est ça devenir adulte : c’est quand on perd un socle, une base solide, une partie de soi et qu’il faut tout reconstruire, accablé par le poids des responsabilités. C’est quand ce ne sont plus tes parents qui s’occupent de toi mais l’inverse. C’est accepter qu’on ne peut malheureusement pas tout contrôler, que parfois il faut subir, souffrir, mais rester digne et fort pour éviter que le monde ne s’écroule. Et puis enfin, reprendre ses esprits et imaginer de nouvelles perspectives. Imaginer une nouvelle vie ensemble et se dire qu’au fond, tout ce qui compte, c’est l’amour que nous avons tous les uns envers les autres.

C’est sans doute la dernière fois que j’aborde ce sujet vraiment très (presque trop) personnel, mais je sais que nous sommes nombreux à vivre dans des familles décomposées et déchirées et que c’est parfois très difficile à gérer. La séparation de mes parents a été un réel choc, sans doute parce que jusque là, j’avais été très privilégiée et épargnée par les difficultés et les coups durs de la vie. Et en toute honnêteté, je ne m’y attendais pas du tout et je crois que voir ses parents se déchirer à 35 ans fait autant de mal qu’à 12 ans. Il m’aura fallu beaucoup de temps pour digérer la situation et me réjouir d’avoir encore mes parents à mes côtés et de pouvoir profiter d’eux, même séparément. Savoir que j’ai beaucoup de chance, c’est la leçon que j’ai retenue de ces deux dernières années. Et que je suis devenue adulte, aussi.

 

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19 Comments

Marie Kléber 31 mai 2017 at 4:35

Un article intime très touchant Anne. Un divorce est toujours un moment délicat qu’importe l’âge auquel on le vit.
Mes parents sont toujours ensemble pourtant pendant 1 an – nous vivions sous le même toi – j’ai regardé mes parents se déchirer, se détester. A 35 ans ça fout un coup.
Je crois que je suis devenue « adulte » si on peut dire le jour où ma meilleur amie a perdu son père – j’ai intégré que je pouvais moi aussi perdre les miens.

Je t’embrasse bien affectueusement et te souhaite tout le bonheur du monde et de bien jolis souvenirs à bâtir avec les tiens.

Reply
Daphné @ Be Frenchie 31 mai 2017 at 4:43

Oh que tes mots résonnent en moi Anne. J’ai justement écrit un article sur ce sujet lundi; avec du recul, je crois qu’avoir des enfants m’a aussi permis de réparer l’enfance de cette petite fille qui est en moi.

Chaque moment passé avec mes garçons me permet de revivre ces moments et de leur donner une teinte plus douce. Maintenant, je sais que cette petite fille n’est plus seule; je suis là pour prendre soin d’elle, aussi.

Oui, devenir parent est une aventure extraordinaire, qui ne se limite au fait de s’occuper de ses propres enfants. C’est aussi une façon de continuer à écrire notre propre histoire. N’est-ce pas ça aussi, qu’on appelle la résilience ?

<3

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Nadia 31 mai 2017 at 5:03

Bonjour,
Ton message me touche vraiment beaucoup. Je comprends ou je pense comprendre ce sentiment d’avant après. Mais les beaux souvenirs et le bonheur qui s’y rattachent sont toujours là. Et ça ne part que si tu décides d’oublier. ❤️

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L'incorrigible imparfaite 31 mai 2017 at 5:33

Oui je crois que c’est ça… perdre une partie d’insouciance au fond…
Mais comme tu dis c’est tellement personnel …
Je ne sais même pas si je suis vraiment, si je le sens vraiment adulte.

Il est beau ton article et si c’est ton étape pour devenir une adulte, tu es devenue une femme forte !
Bravo

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DeboBrico 31 mai 2017 at 8:15

Cet article est très touchant.
Moi aussi je me demande souvent ce que ça veut dire être adulte…. Des fois je me sens tellement pas adulte du tout et puis d’autre fois j’insiste pour qu’on me traite bien comme une vraie adulte.. c’est un peu confus tout ça.
Peut etre juste parce que le mot « adulte » est un peu négatif comme « vieille », et que finalement ce n’est pas un qualitatif qui fait très envie. Mais au final nous avons tellement de chance de vieillir, de vivre un jour de plus chaque jour jusqu’à être grand puis vieux…

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mesange_paris 31 mai 2017 at 8:19

Merci pour ce texte si personnel mais plein de pudeur! Je comprends vraiment ce sentiment d’insouciance perdue, et je suis certaine en effet qu’il n’y a pas d’âge pour souffrir de la séparation de ses parents.
C’est une question que je me pose souvent; je pense aussi que l’on devient adulte quand on apprend à gérer la souffrance et à la dépasser pour aller de l’avant de soi-même. Comme tu le dis, imaginer de nouvelles perspectives et savoir qu’on va pouvoir continuer à vivre en inventant autre chose. D’une certaine façon, en faisant le deuil de son enfance et de la perfection imaginaire de nos parents et de notre monde.

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Anonyme 31 mai 2017 at 11:10

J’aime beaucoup l’idée de devenir adulte un certain jour. J’aime beaucoup l’idée du premier jour du reste de ta vie. Pour moi, ce fut en Décembre 2015 à 23 ans, le jour où j’ai découvert le cancer de ma maman… »C’est quand ce ne sont plus tes parents qui s’occupent de toi mais l’inverse. » Oui, pour moi devenir adulte c’est clairement résumé à ça.

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Corinne (Couleur Café) 1 juin 2017 at 8:22

Je pense qu’on devient adulte plusieurs fois dans une vie. On n’arrête pas de grandir, d’apprendre, de mûrir ! Bravo pour cet article.

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Claara AA 1 juin 2017 at 8:48

Je me pose souvent cette question aussi. Je culpabilise même des fois d’être trop enfant/ado à 28 ans. Pour moi le monde des adultes me fait peur, je le trouve pas très fun. Pour ma part c’est peut-être le jour où j’aurait un enfant, tellement je trouve la responsabilité énorme. Le jour où j’achèterai ma maison .. Ces étapes j’ai envie de les passer mais je ne suis pas non plus pressé. Je sais que plus tard je serai nostalgique de ma jeunesse ^^ Belle journée à toi

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Madame Bobette 1 juin 2017 at 9:14

C’est une très belle réflexion qui fait réfléchir… Je me suis aussi souvent demandée si j’étais adulte et bien longtemps même après la majorité atteinte, même en ménage, je ne me sentais pas adulte.
Je crois que j’ai commencé à me sentir adulte le jour de mon mariage, puis ça s’est amplifié avec l’achat de notre maison et finalement confirmé avec l’arrivée de Tess dans notre famille. En fait, je me suis sentie adulte quand j’ai créé ma propre famille. Mais je comprends qu’un choc comme le divorce de parents puisse nous rendre adulte. Je pense que si ma maman n’étais pas décédé quand j’avais 11 ans mais après mes 18 ans, cela y aurait grandement contribué.

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Géraldine 1 juin 2017 at 11:58

Je pense que je suis devenue adulte un jour de printemps 2000, lorsque j’ai eu ma première crise d’angoisse. Je n’ai pas compris ce qui me tombait dessus sur le moment. J’ai cru mourir ou devenir folle (le propre de la crise d’angoisse).
Ce jour-là, je n’ai pas compris du tout ce qu’il se passait. Mais avec le recul, je pense que c’est la première fois que j’ai pris conscience de moi, en tant qu’individu singulier.
Parce que les crises d’angoisse, dans mon cas en tout cas, ont été un moyen de me secouer et de me dire : éh oh, tu existes, tu es une personne, réveille-toi, vis ta vie, fais tes choix ! tu n’es pas une coquille vide ! tu n’es plus cette petite fille qui a peur, prends-toi en main.
Jusqu’à ce jour, je me laissais porter par la vie, j’étais spectatrice de moi-même. Je faisais les choses parce ce qu’il fallait les faire, mais sans foi.
Alors pour moi, depuis ce jour, être adulte, c’est faire mes choix. Pas ceux qui sont dictés par la morale, pas ceux qui sont dictés par les Autres, mais ceux qui sont faits par moi et uniquement par moi.
Par exemple : décider d’entamer une thérapie, décider de grandir, décider de changer, décider de me battre, décider de lancer une autre FIV, décider de ne pas prendre ce nouveau boulot, oser être moi.

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matinbonheur 1 juin 2017 at 12:30

Je me suis sentie adulte en devenant mère de mon premier enfant, né prématurément.
J’aurai aimé qu’on s’occupe de moi (je venais d’accoucher quoi!) qu’on me cajole, et pourtant d’un seul coup vlan, je devenais « responsable » et c’était à mon tour de prendre soin, de gérer.
Je n’étais plus celle qui se repose sur les autres mais celle sur qui repose l’équilibre de notre vie.
J’ai pris conscience de la fin d’une période d’insouciance. D’ailleurs je n’ai jamais eu autant envie d’aller danser jusqu’au petit matin et de boire des cocktails sans me soucier du lendemain qu’à cette période là!

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Mathilde 1 juin 2017 at 12:55

Sur une note complètement futile et légère, j’avais lu dans un magazine quand j’étais ado qu’on devenait adulte le jour où on avait sa première machine à laver chez soi. Ca m’a marquée ! A 33 ans, je partage une machine à laver dans le sous-sol de mon immeuble, avec les autres locataires : pas encore adulte alors ?
Bises bises,

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Zout 1 juin 2017 at 1:40

<3

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ManonN 2 juin 2017 at 9:45

❤ ❤ ❤

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la Fourmi Elé 6 juin 2017 at 8:33

C’est vrai que c’est un moment très compliqué ! Moi j’ai pensé que c’était lorsque l’on commence à travailler, puis avoir des enfants !! mais j’avoue que j’ai du prendre mes parents sous mon aile lorsque ma maman était malade et mon père n’arrivait plus à surmonter cette épreuve. C’est difficile. Finalement je pense que l’on est adulte depuis longtemps mais et que c’est fait de toutes ces étapes et épreuves que l’on traverse aussi !

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lexou 6 juin 2017 at 9:12

Etre adulte c’est trop compliqué, c’est pas assez de bisounours et d’arc e ciel, mais c’est malheureusement un étape obligatoire.
Mes parents ont divorcés j’avais 14 ans, ma soeur 10.
Un divorce compliqué, très tendu, des années passées à devoir les voir séparément, à jongler entre les deux pour tenter de satisfaire tout le monde.Angoisser, se cacher pour pleurer, prendre des tas de kilos, et affronter le poids de deux parents qu’on aime qui se déchirent, c’est compliqué, peu importe l’âge…
je ne suis pas devenue adulte à ce moment là, mais, à 30 ans, celle ou j’ai perdu mon papa.Une année terrible à entendre des mots atroces qu’on ne devrait jamais entendre… 2014 qui devait être pour moi une douce année au chiffre rond, s’est terminée en pleurant terriblement avant les fêtes de Noël.J’aurais tant aimé garder mon papa, et le voir séparément de ma maman, plutôt que ne plus le voir, l’appeler, le sentir…La vie nous l’a arraché beaucoup trop vite sans que nous ayons pu vivre ce que nous aurions dû.J’ai tellement de regrets…Je suis devenue adulte à cette période ou il a fallu affronter la douleur, l’annonce de cette putain de maladie, la rage de pourquoi lui et pas un autre, l’angoisse de tout, celle ou tu dois choisir des choses que tu ne pensais pas devoir choisir, affronter des discours que tu entends d’une oreille parce que ton corps ne répond plus d’être si tôt assommé par la réalité à assumer, et la vérité d’une vie qui peut être autant pute que jolie…

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Anne 7 juin 2017 at 5:42

Ayant toujours vu mes parents se déchirer, je n’ai pas de point de divorce comme repère. Ce poids-là a toujours été présent.
Moi, j’ai croulé sous les responsabilité avec la naissance de mon fils. Il était là, n’avait rien demandé et, soudain, toute ma vie, j’allais être responsable de lui, inquiète pour lui… (peut être heureuse aussi un peu? mais ce n’est pas ce à quoi je pensais).
Puis mon père a fait un AVC, il est comme un vieillard sénile dans un EHPAD. Leurs ressources avec ma mère sont insuffisantes, donc je prends en charge depuis presque un an.
Est-ce qu’on devient adulte quand on perd l’insouciance? On ne vieillit pas, on grandit, non?

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Alix - A tire d'Elle 21 juin 2017 at 2:02

Ce que tu écris fais tellement écho à mon expérience.
Je suis partie en erasmus, avec des parents ensemble, revenue avec des parents plus ensembles, donc pas vraiment de temps de flottement, mais aussi plus jamais la même vie qu’avant.
C’est sûr que Noël, c’est le pire moment, ce premier Noël sans, enfin, ces Noëls qui se multiplie et nous divisent…

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