Le coeur qui pleure

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J+12 après les attentats de Paris. Je n’ai pas vécu l’horreur en plein visage et pourtant une partie de moi s’est envolée il y a 12 jours.

Au même titre que je me souviens parfaitement de l’endroit où j’étais le 11 septembre 2001, je n’oublierai jamais ce soir du vendredi 13. Nous rentrions de la gymnastique, Hubert, Martin, ma maman et moi. Tous les 3 étaient venus observer mes exploits sportifs. Je leur avais demandé de ne pas trop se moquer de moi, ce qui n’a pas empêché Hubert de faire des vidéos avec un sourire en coin. On riait, je me sentais bien. Je me sentais en sécurité dans ce gymnase qui est devenu ma nouvelle maison. En sortant, peu avant 22h, l’air était doux et humide.  J’étais pensive. Je m’imaginais déjà vous raconter à quel point j’étais heureuse d’avoir renoué avec le sport de mon enfance, même si je me sens un peu trop vieille pour remonter sur des barres asymétriques. Je voulais vous raconter que l’âge n’a pas d’importance quand il s’agit de faire ce que l’on aime. Sur la butte Montmartre, l’ambiance était comme d’habitude à la fête. Les terrasses des cafés étaient pleines de monde et il y avait cette effervescence d’un vendredi soir parisien que j’aime tant. Du bruit, des amis qui trinquent et de la fumée de cigarette dans l’air.

Et puis d’un seul coup, l’atmosphère s’est assombrie. Une amie du quartier nous envoie un SMS pour s’assurer que nous sommes bien à la maison, parce qu’il y a des fusillades dans Paris, nous dit-elle. Nous décidons de presser le pas pour rentrer plus vite même si Martin ne comprend pas vraiment pourquoi on court. Je lui dis qu’on va chercher les pizzas, commandées quelques minutes avant. Je cours en serrant fort la main de mon fils et me retourne pour vérifier que ma mère et Hubert font bien de même.  Je cours mais mes jambes flageolent. Parce que je SAIS déjà ce qui est en train de se produire. Cela fait des mois qu’on en parle entre parisiens. Depuis Charlie, on sait que la menace d’attentat est permanente, même si on fait tous un peu semblant de ne pas y penser. Moi en tout cas, j’y pensais tous les jours.

Nous arrivons enfin à la maison. Hubert descend quand même chercher les pizzas, parce qu’il faut bien honorer la commande. Je tremble comme une feuille. J’envoie Martin au lit comme si de rien n’était, m’assoie sur le canapé et ouvre enfin mon feed Twitter. Je découvre l’horreur au fur et à mesure que mes doigts scrollent l’écran. Mes mains tremblent tellement que j’ai du mal à tenir mon iPhone correctement. Puis le drame du Bataclan, le nombre de victimes qui ne cesse de s’alourdir… La suite, vous la connaissez. Comme vous tous ou presque, je n’ai pas réussi à trouver le sommeil cette nuit là. Les autres nuits non plus, d’ailleurs.

Depuis 12 jours, mon coeur de parisienne est meurtri, je n’arrête pas de penser à toutes ces familles qui ont perdu un proche. Toutes ces familles endeuillées auraient pu être la mienne. Comme tous les parisiens, je connais des amis qui ont perdu un proche, je connais même deux personnes (anciens collègues) qui étaient au Bataclan ce soir là et ont heureusement survécu.

Dites moi comment vivre normalement après ça. Comment être capable de se promener en toute quiétude quand on sait que la barbarie peut frapper n’importe où, parfois en bas de chez soi ? Dites moi comment vivre sans avoir peur. Parce que moi, je n’y arrive pas. Je crois que je n’y arriverai plus jamais.

Depuis 12 jours, je me sens vide. Plus rien n’a la même couleur ni la même saveur. Paris me semble triste, on dirait qu’elle pleure.

Même Montmartre s’est vidée de ses touristes. Les badauds ne prennent plus le Moulin Rouge en photo, ni le Café d’Amélie. Dire qu’il n’y a pas si longtemps, je me moquais d’eux parce que je trouvais ça un peu ridicule de photographier un café. Je donnerais n’importe quoi pour que tous ces gens reviennent faire leur photo, avec le coeur aussi léger qu’il y a deux semaines.

 

 

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Anne

Je m'appelle Anne et je suis maman d'un petit garçon de 3 ans. Parisienne depuis dix ans, je vis sur les hauteurs de Montmartre. Dans la vie je suis aussi directrice éditorial du site hellocoton. Vous pouvez me suivre sur Twitter, Pinterest, Hellocoton et Facebook.

53 Commentaires

  1. Je crois qu’on ne pourra plus être comme avant. Il y a un peu plus d’un mois j’étais au Bataclan un vendredi soir, je marchais le long de ces terrasses de café, insouciante et gaie, je profitais du bonheur d’être à Paris et avec mon grand qui y travaille chaque jour. Alors on a la chance d’être en vie, de ne pas pleurer un des siens et c’est déjà énorme, mais on est blessé, dans notre chair et dans nos âmes, alors oui ils nous ont pris ça, la légèreté, et la gaieté, ça reviendra mais pas comme avant, même si je veux y croire.

  2. Je comprends complètement Anne, j’ai le coeur qui pleure moi aussi. C’est tellement dur de continuer sa vie comme avant. Un copain ira demain à l’enterrement de son meilleur ami… Je pense à lui, à eux, à tous ceux qui ont perdu un proche. On lit souvent en ce moment qu’il ne faut pas avoir peur mais est-ce seulement possible ? Je crois que c’est normal d’avoir peur, ce sont justement nos sentiments qui nous distinguent de ces fous. Par contre il faut essayer de ne pas laisser la peur nous paralyser ou nous encourager à la haine. Ne leur donnons pas cette victoire là… Alors, même si le coeur n’y est pas tout à fait, j’essaye au mieux de continuer à vivre, à aimer, à rêver. Les barbares reviendront, cela ne fait aucun doute, mais les touristes, aussi, car qui peut résister à notre si beau Paris ?

    • Figure-toi que les touristes semblent revenus dans mon quartier… et n’ont pas l’air forcément soucieux ou inquiets, ce qui est encourageant ! Hier j’ai même renseigné deux touristes japonaises qui voulaient aller aux Galeries Lafayette, alors que c’est sans doute le dernier endroit où les parisiens ont envie d’aller en ce moment :)

      En tout cas tu as parfaitement raison, ce sont nos sentiments qui nous différencient de ces gens là et font de nous des personnes humaines et vivantes. Ton commentaire m’a fait énormément de bien, merci Sarah.

  3. Ton récit me donne la chair de poule. J’imagine ton désarroi, au moment où tu as reçu ce sms. Et Martin, 12 jours après, ça va ? Pas trop de stress ?
    Pour ma part, j’ai eu un énorme choc pendant 8 jours. Vraiment très immense. A tel point que mon dos s’est complètement bloqué (sans faux mouvement auparavant) ; il a mis plusieurs jours pour laisser évacuer le stress lui aussi. Aujourd’hui… Bah. Cela dépend des jours.
    Je crois bien que dorénavant, je regarderai les touristes qui viendront chercher l’ambiance du Paris de carte postale avec beaucoup de tendresse dans les yeux. Cela voudra dire qu’un peu de légèreté est revenue. On en a tant besoin… comme de l’amour et de la tendresse. Plus que jamais.
    Juste un mot sur tes retrouvailles avec la gym : c’est formidable, bravo ! Je crois aussi que l’âge ne compte pas. Il faudra nous en reparler, un jour. Cela me fait penser à la chouette Céline (Shalima), ou encore à certaines de mes amies proches…
    Courage, (Un pas après l’autre… c’est déjà bien.)
    Bien des bises, Nathalie

    • Ça ne m’étonne pas du tout ce que tu dis, un ami ostéopathe disait que son planning n’avait jamais été aussi rempli qu’en ce moment… Quand on ne peut pas évacuer correctement le stress c’est le corps qui finit par trinquer :/ J’avoue que pour ça, la gym me fait beaucoup de bien !

      Et ce week-end l’agitation de mon quartier semble peu à peu de retour, avec les prémices de l’ambiance de Noël (les lumières de fêtes ont été installées jeudi soir). Ça fait plaisir !

  4. Je ne sais pas comment répondre à ta question, je me demande la même chose à J+12. Sans doute ces sentiments vont évoluer, je l’espère. Je ne vis plus à Paris, je n’ai donc pas vécu la nuit de la même façon que j’ai vécu ce fameux mercredi noir de janvier où je me suis pressée de retourner au travail plutôt que de rester dans les rues à faire les soldes. Et pourtant je ressens tout le reste, d’où je suis. Je pense que la légèreté est partie, il va falloir vivre avec, je trouve ça difficile et personne ne devrait avoir à vivre ainsi, nulle part, sans cette quiétude et cette insouciance qui font la saveur de la vie.

    • Je pense (enfin j’ai envie de penser, surtout) que l’insouciance reviendra petit à petit mais que ce sera très long. Il faut à tout prix garder une certaine forme de légèreté et s’octroyer la liberté d’aller où l’on veut et de faire ce que l’on a envie… Je sais, c’est facile à dire mais il faut essayer de relativiser en se disant que le malheur ne va pas frapper partout et tout le temps, ce genre d’évènements restent malgré tout assez rares(même si cette année, ce fut très compliqué). En tout cas je l’espère !!

      • Oui je suis d’accord avec toi… d’ailleurs mes sentiments sur cet événement évoluent très vite, je ne sais pas si c’est pareil pour toi. Car oui c’est effectivement rare ce qui vient de se passer et heureusement… Je pense qu’avec le temps il sera plus facile de rationnaliser. Vivre normalement est effectivement un bon moyen de relativiser et de reprendre le chemin de cette légèreté… « Avec le temps » comme on dit… belle semaine à toi

  5. La vie ne sera plus jamais la même, on doit préparer nos enfants a un futur incertain, que ce soit climatique ou état de guerre, je ne suis pas de nature pessimiste mais depuis ce vendredi je n’y crois plus a un monde meilleur… Courage aux parisiens

    • j’ai du mal à y croire aussi mais restons optimistes ! Mine de rien quand on regarde autour de soi, il y a encore beaucoup plus de gens bienveillants que l’inverse…

  6. Comment vivre après cela ? Eh bien justement pas comme avant, mais mieux.
    En savourant chaque joli moment sans en laisser passer aucun. En nous battant pour une cause qui nous tient à coeur, au moins une.
    En évitant de nous chagriner pour des petites choses qui n’en valent pas la peine.
    En faisant tout pour procurer à nos enfants ou petits-enfant une belle enfance, car c’est là qu’ils puiseront la force d’affronter ce qui les attend plus tard.
    En disant aux gens qu’on aime combien on les aime.
    Et pour le reste, avec la peur au ventre… ne pas la nier mais ne pas laisser nous paralyser.

  7. Je ne suis pas parisienne mais j’ai été touchée et meurtrie par ce qui s’est passé il y a 12 jours. J’ai été épargnée, je ne connaissais personne. Mais j’ai tremblé quand j’ai vu, pleuré quand j’ai découvert que ce n’était pas un cauchemar et eu envie de vomir quand à nouveau, il a fallu expliquer à deux enfants de 4 et 6 ans que le monde était encore devenu fou.
    Après m’avoir demandé si sa tata était morte, ma fille m’a demandé si cette fois aussi « ils dessinaient », je n’ai pas eu le courage de lui dire que cette fois ils étaient seulement en train de vivre…

    • C’est ça le plus dur, de devoir expliquer aux enfants que le monde ne tourne vraiment pas rond… Pour l’instant j’ai réussi à préserver mon fils de tout ça mais pour combien de temps ?

  8. Ton article me touche car je ressens la même chose. Comment faire pour arriver à vivre, à se déplacer dans Paris sans avoir peur ?
    Hier, à la station Denfert-Rochereau, les lumières se sont mises à faiblir durant quelques secondes, on s’est tous regardés avec inquiétude. Pareil, cette même peur, quand il y a deux jours dans un restaurant dans le 11e on a entendu un grand bruit. C’était juste le serveur qui avait renversé une chaise ! Je pense que la peur est une réaction normale suite à ces terribles évènements et aux images que l’on a pu voir.
    Profitons de la vie au maximum, savourons, car désormais on sait que tout peut basculer en quelques secondes

    • Et oui, vendredi j’ai eu une montée de stress dans le métro aussi (pourtant je le prends tous les jours) et suis descendue 2 stations avant mon point d’arrivée, je ne supportais plus d’être enfermée… Les gens sont silencieux, se regardent bizarrement avec cette impression que tout peut partir en vrille en quelques secondes :/ Ça donne envie de s’acheter un vélo tout ça ! Je le ferai si je ne devais pas passer le périph pour aller travailler, malheureusement le trajet en deux roues est beaucoup trop dangereux alors je vais continuer à prendre les transports en commun. Finalement, ne pas changer ses habitudes est peut-être la meilleure des choses à faire !

  9. Ma gorge se noue en lisant ton article.
    Depuis 12 jours, j’ai vu et admiré tant d’attitudes, d’articles, de réactions qui, passés le premier choc de l’effroi, parvenaient à se tourner vers l’espoir, la fête, les sourires comme meilleures armes de défense, tandis que je n’y arrivais pas de mon côté. Je voudrais crier « on n’a pas peur », moi aussi, mais si ce n’est pas vrai, comment le pourrais-je ?

    • Figure-toi qu’hier soir j’étais chez des amis de mon quartier qui organisaient une grande fête (à base de vin / fromage / musique, imagine l’ambiance^^) et nous avons trinqué à la vie et à notre liberté… Cela ne nous empêche pas d’avoir peur, même mes amis les moins angoissés ont peur depuis quelques jours et se demandent ce que deviendra notre monde à court et à long terme… C’est un sentiment bien normal ! courage <3

  10. A Hong Kong, nous avons également été très touchés et marqués par ces attentats…Quand au réveil le samedi matin, Benoit m’a dit « il y a des attentats à Paris, c’est encore en cours », je me suis mise à pleurer…et j’ai regardé Léa et Gaspard et me suis demandée quel monde on allait leur laisser…On a passé tout le week-end et les jours suivants sur les sites d’informations et les réseaux sociaux, impossible de penser à autre chose, de penser à toutes ces victimes…impossible de ne pas s’identifier, se dire que si on avait toujours habité Paris, ça aurait pu être nous…
    Nous revenons en France pour les fêtes de fin d’année, je passerai deux jours à Paris avec ma maman et les enfants (besoin de voir l’immunologue à Necker pour Gaspard) mais c’est sûr que j’aurai peur qu’il se passe quelque chose, peur au moindre truc un peu inhabituel et puis je pense que dans l’avion je ne serai pas non plus très rassurée…
    Courage à toi à Paris… <3

    • Ça doit être aussi difficile même quand on est à des milliers de kilomètres… Je suis sûre que tout se passera bien lorsque vous viendrez et que vous passerez un bon séjour :)

  11. Comme je te comprends. La vie semble s’être arrêtée d’un coup. 12 jours après, j’ai peur, j’ai mal. Peur pour mes proches, mon fils. Peur pour mes amis, pour notre part d’insouciance qui semble s’être fait la belle.
    Paris est désert et c’est étrange. Paris panse ses plaies doucement.
    Nous rebondirons car il le faut. Nous avançons déjà, combattant la peur chaque jour en allant travailler, en nous promenant, tentant tant bien que mal de protéger nos enfants. Ne laissons pas les ténèbres nous engloutir et regardons l’amour là où il se trouve.
    Prends soin de toi et des tiens Anne.
    Marie

    • Paris retrouve peu à peu la vie, en tout cas depuis ce week-end mon quartier me semble à nouveau animé, les boutiques sont pleines (les gens font leurs courses de Noël malgré tout) et les touristes ne semblent pas forcément inquiets… Je dois dire que ça me fait chaud au coeur même si bien sûr cela ne résout pas le problème.

  12. Coucou Anne,

    C’est un billet tellement franc et tellement pur, tellement vrai comme cette peur qui nous submerge tous depuis quelques jours déjà… Notre insouciance est partie avec toutes ces vies qui sont parties, tous ces coeurs brisés, toutes ces familles endeuillées. Même loin de Paris, on ne sait plus comment faire… regarder ma petite et se dire « dans quel monde vivons-nous ? ». J’ai vécu les attentats de Madrid sur place, l’horreur ! La rue de Charonne c’était la rue où je travaillais quand j’habitais à Paris et cette belle ville qu’est Bruxelles où j’ai également habité qui devient une ville fantôme… tant de lieux que j’aime, tellement de souvenirs, tellement d’images, de moments vécus dans ces endroits qui ne cessent pas de défiler dans ma tête parce que je me dis, ça peut vraiment toucher n’importe qui n’importe quand. Et c’est ça le problème, je crois que nous tous, on en est là, à nous dire que ça n’arrive pas qu’aux autres et qu’on veut faire face à la peur mais qu’on ne peut pas, on ne sait pas (comme diraient les Belges).

    Alors, pour finir sur une touche plus amusante sympa gentille : j’espère que la prochaine fois, on va plutôt parler exploits en gym :-) je sens que ça va me plaire ! Signée : une ancienne de GRS :-)

    Belle journée,

    • Oui, ça peut toucher n’importe qui et n’importe quand… C’est ça qui est difficile à accepter. Mais puisqu’on ne peut rien prévoir, autant vivre sans nous soucier… Comme disait ma grand-mère, la peur n’évite pas le danger ! Facile à dire, en pratique c’est un peu plus compliqué que ça et j’ai moi-même changé un peu mes habitudes (j’évite au maximum la foule et les transports en commun ces derniers jours). Même mes amis les plus « zen » habituellement se sont aussi laissés gagner par la peur et c’est ce qui me rend le plus triste :/

      Et promis, un jour on parlera de gymnastique (mais sans la vidéo^^)

  13. comme je te comprends et pourtant je vis dans le sud, mais ça fait 12 jours que quelque chose s’est profondément brisé !
    Quant à la reprise d’une activité, c’est top et tu as raison, il n’y a pas d’âge quand on aime,; j’ai repris le tennis il y a deux ans après 20 ans d’arrêt et je m’éclate ! bisous

  14. Je ne suis pas parisienne mais bruxelloise.
    Je n’ai pas la réponse à ta question bien que de mon côté je refuse de céder à la peur, à la panique. Je continue a me promener, à sortir le soir et à faire mes courses.
    Depuis ce vendredi 13, Bruxelles vit au rythme de la loi martiale. L’armée est partout dans nos rues, les mitraillettes tenues par nos militaires ont remplacé nos mitraillettes achetées au fritkot du coin. Les touristes ont également déserté notre centre ville, transformant Bruxelles en ville fantôme.

    Je pense très fort à tous mes collègues des services de secours médicaux qui ont du passer une nuit en enfer avec tous ses blessés par balles et autres traumatismes. Je pense à tous mes collègues sortis dehors pour leur porter secours au dépends de leur vie. Je prie pour que plus jamais vos urgences ne soient confrontés à de telles horreurs et pour que les miennes ne le soient pas non plus.

    • Tu as raison de saluer le courage des médecins qui jouent un rôle déterminants dans ce genre d’évènements ! J’admire leur dévouement et le sang-froid dont ils sont capables de faire preuve dans le chaos pour porter secours aux autres, alors qu’eux-mêmes doivent être lutter contre leur propre peur et toutes les formes d’émotions qui les envahissent. Quel beau métier, bravo à tous !

  15. Quelque chose est cassé c’est certain, et il faudra une sacrée bonne dose de colle, et du temps, beaucoup, pour que la vie reprenne ses droits et son insouciance….
    J’habite loin de Paris, mais même ici j’ai du mal à me sentir complétement en sécurité…
    J’aimerai reprendre le dessus et mettre de côté la peur, mais pas facile quand on est maman….
    fin janvier je dois emmener ma fille voir un spectacle à toulouse, ben même ça j’hasite, et pourtant elle serait tellement heureuse. Si ça ne tenait qu’à moi, si pas d’autres drames d’ici là, j’irai. Mais mon homme est encore plus frileux que moi là dessus…

    bisous et courage 😉

    • Oui, c’est bien là le problème, c’est qu’il n’y a pas qu’à Paris que ce genre de choses peut arriver… En tout cas il serait dommage de vous priver d’un joli spectacle, j’espère que tu trouveras la force d’y aller avec ta fille mais si ce n’est pas le cas, il ne faudra pas culpabiliser, nous ne sommes pas tous égaux devant nos propres peurs ! Merci pour ton commentaire en tout cas, et passe un bon dimanche en famille.

  16. Je suis passée à Montmartre hier et c’est vrai que je l’ai trouvé bien vide cette place du Tertre d’habitude si animée.

    Arrêter d’avoir peur, c’est difficile surtout que bien souvent c’est plus pour nos proches que pour nous même que nous angoissons. On ne peut pas s’empêcher d’y penser.
    Pour ma part, je ne m’informe que par le biais de quelques sites d’info sérieux. Je trouve la télé et la radio trop anxiogènes. Et puis le temps…

    • J’ai l’impression que la vie du quartier reprend peu à peu, Noël oblige… Tu as raison, nous angoissons davantage pour nos proches, c’est ça qui est le plus pesant à mon sens… Quant aux infos, j’ai arrêté de lire des articles relatifs aux évènements et je n’écoute que des chaines de radio 100% musicales… Car tu l’as dit, c’est beaucoup trop anxiogène et ce n’est pas de l’ignorance que de vouloir se préserver un peu, au moins pendant quelques jours / semaines…

  17. C’est la première fois depuis bientôt 2 semaines que je lis un post avec lequel je m’identifie.

    Je me sens un peu à la marge de ces autres parisiens, ces voisins qui réussissent à reprendre le cours de leur vie. Mes parents se moquent même de moi quand ils comprennent que j’ai peur dehors. J’ai l’impression que la mort est devenue omniprésente. Le matin au réveil, en allumant la TV pour voir les infos, quand je dois sortir, quand je rentre et que je me dis que ouf, je suis en vie, jusqu’au lit au moment de m’endormir. Chaque jour passé est un miracle parce que ça n’est pas encore arrivé.

    Hier, j’ai regardé une série et pour la première fois en 40 minutes, j’ai cessé complètement d’y penser. Puis, quand le silence est revenu, forcément j’ai été amenée à y repenser. La menace est là, elle est réelle. Je ne peux même pas commencer la phase de tristesse qui suit un deuil car je suis constamment en train de me préparer au prochain.

    J’ai l’impression qu’il y a un combat constant dans mon cerveau. La partie intuitive qui a peur, qui y pense. Et la partie rationnelle qui cherche à comprendre le taux de risque. Celle qui voit les gens se remettre à vivre et qui se sent pousser à en faire autant.

    Je crois qu’on a perdu notre innocence, une partie de notre insouciance. Je ne me vois plus aller nulle part à moins d’y être obligée. Quand je pense aux centres commerciaux, aux cinémas, aux musées, je ne sais pas si je serais capable d’y retourner. Je n’en peux plus d’entendre les experts diverger d’opinion. Certains me donnent espoir, d’autres me donnent envie de me terrer sous mon lit. L’avenir me fait vraiment peur.

    • J’ai vécu très durement et de la même façon que toi ces deux dernières semaines… Depuis deux ou trois jours, je retrouve un sommeil à peu près normal et je réussis à sortir normalement pour faire mes courses sans sursauter au moindre bruit anormal. En revanche, je sais qu’il me faudra du temps avant de reprendre les transports en commun avec insouciance (si cela est encore possible…) et me promener dans des endroits que j’adore habituellement mais très fréquenté en ce moment (Galeries Lafayette, quartier de l’Opéra…). Il faut absolument que l’on rationnalise en se disant que cela n’arrivera pas tous les jours, même si c’est dur et que notre instinct reprend parfois le dessus. Courage, je suis sûre que le temps nous aidera… <3

  18. Une page s’est assurément tournée. Il y aura un avant et un après. Mais malgré la douleur, la tristesse et l’incompréhension que nous éprouvons tous dans nos chairs (loin de Paris ou pas), nous sommes nombreux à être unis dans nos coeurs. Cela fait tellement de bien et c’est une arme si puissante contre la folie et l’injustice, contre les radicalismes et les extrémismes.
    Je ne suis pas pessimiste de nature et me refuse à l’être ; je suis une « réaliste à tendance optimiste » et quand bien même j’ai pris une sacrée claque qui m’a vidée, comme toi, de mon énergie, l’envie de vivre plus que jamais refait surface ces jours-ci.
    Ecoutons-nous, tâchons de nous entendre, respectons-nous, autant que nous le pouvons et sans naïveté. Et surtout, aidons nos enfants à voir ce qu’il y a de beau dans ce monde, éveillons les…
    Le bonheur se construit chaque jour et la liberté est un bien si précieux !
    Bon courage Anouchka ! A toi, à Paris et à nous tous :)

  19. Comme toi je n’oublierai jamais ce que je faisais ce Vendredi 13 Novembre. J’étais chez une amie. On faisait des gaufres entre filles en buvant du champagne. Insouciantes et pleines de vie.
    Et puis vers 22h on a ressorti les téléphones, et les visages se sont figés…
    Paris, l’horreur…
    Depuis j’essaye de reprendre le cours de ma vie mais je dois avouer que ce n’est pas facile. J’ai peur. Pour mes enfants. Pour moi quand je dois prendre le métro.
    Je n’ai jamais autant pris le taxi qu’en ce moment. D’ailleurs le dernier chauffeur qui m’a conduite m’a dit qu’il avait remarqué que Paris avait changé depuis ce 13 Novembre. Les touristes qu’il avait l’habitude de conduire ont été remplacé par des parisiens un peu apeurés.
    Et à partir de 21h les rues de vident. Paris est désert.

    C’est triste…. J’espère que Paris renaitra de ses cendres…. Et qu’ils ne gagneront pas. Jamais.

    • Moi non plus je ne prends plus beaucoup le métro, en ce moment on va bosser en voiture avec mon homme :/ Non seulement c’est loin d’être écolo et en plus je ne te raconte pas les bouchons qu’il y a depuis deux semaines en île de France… cela nous prend deux fois plus de temps pour aller au bureau ! Vendredi j’ai quand même pris les transports pour y aller, mais je n’étais pas franchement rassurée, les gens se regardent d’ailleurs bizarrement (tout le monde a l’air étrange !).

      Courage, je suis sûre que cela va s’apaiser avec le temps !

  20. Et pourtant il va bien falloir. La résilience nous y aidera et à notre façon nous saurons au fond de nous que rien n’est pareil mais que la vie doit reprendre sa voie normale… tout en honorant à notre façon ces morts du 13 novembre… Chacun aura son rituel intime. Quant à la peur… je n’ai pas encore trouvé mais qu’elle m’empêche de reprendre le cours « normal » de ma vie, et ils auront gagné alors hors de questions… Soyons patriotes, fiers de la France, portons haut ses couleurs, qui ne sont ni de droite ni de gauche mais qui sont notre fierté… Redressons-nous, soyons bienveillants les uns envers les autres, respectons la laïcité qui gouverne notre république, regardons-nous (plus d’oreillettes qui isolent du monde, d’écrans à outrance, etc.)… et si un monde meilleur pouvait naître de cette barbarie qui a touché Paris, la France, alors, ces morts auront un sens…

  21. Olivia a écrit

    Bonjour Anne,

    Je suis triste aussi parce que j’ai vécu dans ce quartier que tu aimes tant, et il reste pour moi celui du bonheur, de la légèreté et de la liberté, j’ai tant aimé arpenter ses rues et savoir trouver le calme quand tout le monde s’affairait au même endroit ! J’y retourne souvent, et même si je suis heureuse là où je suis exilée, mon coeur est resté là-bas, je m’y promène souvent en pensée. C’est pour cela que j’apprécie de te lire, parce que je m’amuse toujours à retrouver le nom des rues où tu déambules, je t’accompagne.
    J’ai tout de même quitté Paris en me disant quelque part que j’abandonnais le navire, parce qu’on garde dans un coin de sa tête, en permanence, l’idée qu’une capitale est le lieu des attentats. C’était pourtant en 2008 et vois-tu, cette pensée était déjà là. Il y a eu d’autres attentats, j’ai connu ceux de 1995, j’étais à la Sorbonne, et Vigipirate est devenu mon quotidien. J’entends toujours le « Attentif, ensemble », et ouvrir mon sac en entrant dans un musée où ailleurs, me paraît parfaitement naturel, alors que mes élèves charentais sont à cent lieues de cela. Charlie, à Angoulême, a tout de même remis les pendules à l’heure… Il y a alors une partie de moi qui ne voulait pas élever mon fils dans ce risque. Pourtant, je conduis tous les jours, et la mort me guette bien plus qu’en foulant le pavé parisien, statistiquement parlant. Mais ce n’est pas pareil.
    Tu voudrais retrouver l’insouciance, parce qu’elle a été assassinée ce jour-là, et que nous l’avons tous été, nous étions insouciants nous aussi vendredi soir : l’impression qui nous reste, c’est que nous avons simplement eu de la chance, car la mort frappe au hasard, et que ce soit nous ou un autre ne change rien à l’horreur. Une banale question de loterie, avec cette obscénité de penser « Ouf » quand nos proches ont été épargnés. Difficile de se réjouir quand d’autres voient leur vie basculer. Aujourd’hui je pense beaucoup aux rescapés, qui ont vu l’horreur, ont vu la mort, et sont passés un peu de l’autre côté ce 13 novembre. Je ne sais pas quel regard on peut porter sur la vie après ça. J’imagine qu’ils ne se sentent bien nulle part. La mort les a pris par la main mais ils sont revenus parmi les vivants. J’imagine qu’ils ne se sentent plus dans la vie, qu’ils ne peuvent plus y participer, et surtout  » pas comme avant », comme l’a chanté France Gall. Revenir d’entre les morts. On ne peut pas vivre en étant un petit peu mort. On doit être ni mort, ni vivant. On doit, il faut, être mort ou vivant. Pas d’entre deux possible.
    Je pense à tout ça parce que j’ai des amis qui vivent dans le 11ème, j’ai une soeur qui vit à St-Denis et travaille au centre-ville, et une autre qui travaille au-dessus du Bataclan, et vit dans le 18ème. La plus grande, et la plus jeune : je pense à ses bouclettes quand elle était petite, qui m’émouvaient tant. C’est bête, mais c’est à ses cheveux de bébé que je pense, et à son regard qui pétille sur une photo retrouvée il y a peu.
    Je me retiens un peu de respirer depuis Saintes où je vis, parce que mon insouciance, ma confiance ont aussi été entamées. J’aime le mode de vie parisien, celui des grandes villes, où les gens se côtoient malgré toutes les difficultés, les colères, l’incompréhension. C’est une belle éducation, que je regrette de ne pas offrir à mon fils là où je suis. J’ai aimé ce brassage des populations, des milieux, même si je sais très bien qu’on ne se mélange pas tant que ça. On reste toujours entre gens de la même classe sociale. C’est humain, mais côtoyer tout ce monde, quelque part, ça tient chaud. « Paris est une ville formidable, où les gens crèvent », a dit Philippe Katerine. Je me dis souvent cette phrase, amusée par son cynisme, parce que cela résume bien la situation des grandes villes justement, et de cet amour ambivalent qu’on éprouve pour elles, mais ces mots me paraissent atroces aujourd’hui, ils ne veulent plus dire la même chose.
    Affronter la cruauté humaine est difficile à supporter. C’est pourtant ce qui dit la mère de Kirikou : c’est dur, mais il faut le savoir, certains hommes sont méchants.
    Et vous savoir dans la gueule du loup, c’est difficile à supporter aussi, parce qu’on est loin et qu’on voudrait être aussi de ceux qui vous tiennent chaud.
    Alors à moi, tu tiens chaud avec ton blog, et j’espère que quelque part, tu sens que je pense à toi, que je pense à vous, et que je vous tiens bien au chaud dans mon coeur, dans Paris, la ville Lumière.

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